Actus de l’action

Véhicules électriques ? Pas sans questions ! Ni en priorité !

Avec le réchauffement climatique, les véhicules à combustion semblent condamnés. À grand renfort de publicité, les États et les constructeurs nous poussent vers l’électrique ou l’hybride. Notre commune elle-même participe à cette promotion. Mais suffit-il de remplacer la combustion par l’électricité pour répondre aux défis environnementaux ? Est-ce vraiment le cas ?

Si on y réfléchissait ?

  1. D’où viendra l’électricité pour alimenter ces véhicules ?

Chacun peut convenir facilement qu’avec des véhicules électriques, les besoins totaux en électricité vont augmenter. Se pose donc la question de savoir comment nous allons y faire face, sans peser encore plus sur notre planète déjà trop malmenée. Aujourd’hui, les deux tiers de l’électricité mondiale proviennent de centrales à charbon, au fioul ou au gaz qu’il conviendrait pourtant d’arrêter le plus vite possible si on veut enrayer les dérèglements climatiques.

Si le véhicule électrique permet d’éradiquer la pollution locale provenant du pot d’échappement, le bilan environnemental global n’est pas nécessairement à son avantage par rapport au véhicule thermique. Cela dépend notamment d’où vient l’électricité qui l’alimente et là, aucune réponse structurelle n’est donnée.

  1. Pas de véhicules électriques sans batteries.

Pour évaluer la véritable empreinte écologique de la voiture électrique, il faut s’intéresser à tout son cycle de vie. Et lorsqu’on s’y intéresse de près, on voit que sa batterie lithium-ion coûte très cher à l’environnement. Tant en amont qu’en aval.

 

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D’abord parce que les métaux rares qui la composent sont extraits dans des pays qui font encore trop peu de cas de nos considérations environnementales et sociétales. Ensuite, parce que les batteries lithium-ion sont aujourd’hui majoritairement produites dans des pays utilisant des mix énergétiques peu vertueux.

Par ailleurs, on ne sait pas si la terre contient suffisamment de « terres rares » pour convertir totalement la flotte thermique actuelle en flotte électrique.

Exemple avec le lithium

Le lithium est nécessaire à la fabrication des batteries lithium-ion des voitures électriques et hybrides actuelles. Le risque de pénurie, en l’état actuel des technologies, est important. Le cabinet Meridian International Research estimait en 2007 que les réserves ne suffiront pas même au remplacement initial du parc mondial de voitures. Cette pénurie annoncée devancerait donc le problème du recyclage du lithium.

En 2015, une explosion de la demande pour les voitures électriques a entraîné un choc d’offre sur le marché du lithium ; les prix du carbonate de lithium ont commencé à grimper en Asie, jusqu’à atteindre des records en octobre 2017. Depuis, avec l’afflux de production, ils ont chuté de 40 %, puis se sont stabilisés autour de 12 000 dollars la tonne en 2019. D’après les analystes de Roskill, la demande dépassera 1 million de tonnes d’équivalent carbonate de lithium (LCE) d’ici à 2026, contre un peu plus de 320 000 tonnes en 2018. Goldman Sachs estime, de son côté, qu’il faudra quadrupler la production dans les dix ans à venir[i].

Des alternatives aux batteries au lithium sont recherchées : des batteries sodium-ion, en développement depuis les années 2010, pourraient être moins chères et contourner le problème des réserves, mais elles sont encore peu performantes ; de même pour les accumulateurs lithium-fer-phosphate.

Certes, une seconde vie est promise à ces batteries car elles devraient – si la réalité suit les projets– servir à stocker l’énergie excédentaire produite par les éoliennes et le photovoltaïque. Mais rien n’est au point aujourd’hui quant à leur recyclage, tant leur cortège de métaux, cobalt et nickel en tête pose problème. Autant le savoir.

Conclusions :

En étudiant le bilan global de l’empreinte écologique, on le voit, la voiture électrique n’est pas LA solution miracle pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. En étudiant son bilan social, on voit se dessiner de plus en plus une société qui perd l’élan de la solidarité.

Assurément, avant de penser à une voiture électrique, il conviendrait plutôt de voir comment diminuer nos déplacements individuels et leurs poids énergétiques.

Un changement de nos modes de déplacement est donc nécessaire.

Il faudra se déplacer moins loin, avec des moyens de transport peu polluants, plus légers. La concrétisation de cet objectif nécessite d’intervenir sur nos infrastructures (plus de piétonniers et de transports en commun, plus d’espace pour les moyens de transport partagés, la mobilité douce, …), de mettre en place une économie partageuse, une vraie transition énergétique et une gestion plus circulaire des ressources. En d’autres mots, de multiplier nos choix, plutôt que de poursuivre sur une seule et même voie, toute à la voiture.

C’est à ça que nous invite d’ailleurs l’Association pour la Mobilité Propre Electrique et RESponsable qui conclut :

La voiture doit être le dernier recours, en l’absence d’autre solution. Il faut donc la bannir au maximum pour toute une série de raisons :

  • demande énormément d’énergie et de ressources pour sa construction et son usage (la plupart du temps pour transporter 1 personne)
  • embouteillages, incivilités, accidents mortels
  • déchets
  • enlaidissement des villes (parkings, hyperbétonnisation, bruit, pollution…)

 

 Les solutions pour se passer d’elle sont multiples mais encore sous-appliquées en Belgique :

  • Transports en commun abordables et fiables
  • Infrastructures pour les 2 roues (pistes cyclables, avantages,…)

 

Le monde du travail a aussi son rôle à jouer en appliquant des solutions simples

  • Télétravail
  • Téléconférences (plutôt que d’aller rejoindre son interlocuteur)
  • Horaires décalés pour limiter les embouteillages (encore trop peu proposé)
  • Solutions de covoiturage en collaboration avec des entreprises voisines

 

Le monde politique également :

  • Politique ambitieuse via un message clair à la population (et aussi aux industriels)
  • Plus d’indépendance face aux lobbyings automobiles afin de pouvoir répondre aux enjeux de société (notamment climatiques)
  • Taxation de la voiture au kilomètre parcouru (à l’heure actuelle, plus on parcourt de km et plus c’est intéressant)
  • Rendre la voiture individuelle (familiale ou de société) moins attractive
  • Décupler les avantages pour les mobilités alternatives
  • Pour ceux qui n’ont vraiment pas d’autre possibilité, favoriser le développement du car-sharing et du réseau de bornes électriques

 

Sans oublier le monde industriel :

  • Construire des voitures moins polluantes (notamment électriques), plus petites, plus recyclables et plus légères
  • Innovation : recharge et autonomie des batteries, production et stockage des énergies renouvelables, V2G, véhicules autonomes et connectés,…
  • Participer au développement d’un réseau de recharge rapide dense et fiable

 

Chaque particulier a évidemment aussi son autocritique à faire quant à ses choix, le Belge étant très mauvais élève en la matière…

 

Pour ce qui est de la voiture :

  • Le choix d’achat devrait systématiquement se faire en l’absence d’autres solutions
  • Le choix de prendre la route devrait se faire si le trajet est vraiment nécessaire (loin d’être toujours le cas)
  • Le choix de rouler seul devrait se faire uniquement si le covoiturage est impossible

 

 

Faire plaisir aux citoyens est une chose mais la réalité est têtue. On s’attend trop à ce que les technologies apportent LA solution. Mais finalement, si on n’y prend garde, ne risquent-elles pas de nous enliser encore plus dans nos problèmes ?

Qu’en pensez-vous ?

Villers pour le climat

 

[i] https://fr.wikipedia.org/wiki/Lithium

Un commentaire

  • Blondeel

    Il y a un moratoire de 5 ans avant de taxer les propriétaires de panneaux solaires. Et encore pas sûr vu l’attitude de la cwape. Le problème des véhicules qui seraient autonomes est avant tout pour l’état un manque à gagner de taxes.

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