Actus de l’action

La majorité a refusé la motion d’urgence climatique et écologique, déposée par Ecolo : Qu’en penser ?

Nous nous sommes penchés sur les arguments développés par le bourgmestre en séance. Notre conclusion : les éléments avancés pour tenter de justifier le refus sont largement anecdotiques et même pour la plupart, injustifiés. Nous le montrons dans l’analyse ci-dessous que nous avons communiquée à tous les Conseillers communaux.

Nous poursuivons notre veille.

N’hésitez pas à nous rejoindre

Villers pour le climat

Annexe au courrier aux conseillers communaux de Villers-la-Ville

Analyse des principaux arguments développés par le Bourgmestre pour justifier le refus de voter la motion d’urgence climatique et écologique déposée par le groupe Ecolo[1]

a) Le Bourgmestre évoque tout d’abord le fait que le Service Public Fédéral « Changements Climatiques », dont parle Ecolo dans sa motion, n’existerait pas.

Or il existe bien un  Service fédéral « Changements Climatiques », relevant de la DG Environnement et appartenant au SPF « Santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et environnement ».  En tapant « service fédéral changements climatiques » dans le moteur de recherche le plus connu et le plus utilisé (Google), les 5 premiers items qui viennent en tête de liste font tous mention de l’existence d’un tel service fédéral ou du site internet qu’il édite « Climat.be, le site fédéral belge pour une information fiable sur les changements climatiques » (https://climat.be/)

Climat.be Le Service fédéral Changements climatiques joue un rôle central, constructif et proactif dans la politique internationale, européenne, nationale et fédérale. Ses efforts sont centrés sur la réalisation des engagements internationaux de la Belgique dans le contexte de l’Accord de Paris et sur la prévention du changement climatique d’une manière respectueuse de l’environnement.

Cet argument développé par le Bourgmestre n’est donc pas pertinent.

b.1) A propos du « Considérant de surcroît qu’en Belgique (qui, selon un rapport 2019 de la Banque Mondiale avec les données 2017, atteint le triste 2ème rang européen des pays les plus émetteurs par tête d’habitant en termes de consommation, juste derrière le Luxembourg, et le 12ème rang mondial) les émissions nationales de CO2 stagnent depuis 2014 et qu’elles ont même légèrement augmenté en 2018 » : Le Bourgmestre souligne le fait que le rapport 2019 de la Banque Mondiale auquel se réfère Ecolo n’existe pas.

Il y a eu effectivement un « raccourci erroné  » dans la référence utilisée dans la motion. Néanmoins, la Belgique atteint bien le 2ème rang européen des pays les plus émetteurs [de GES] par tête d’habitant en termes de consommation [càd en considérant les émissions résultant de la consommation locale de biens & services et non de leur production locale], juste derrière le Luxembourg, et le 12ème rang mondial. Ce triste classement a été mis en évidence par un doctorant finlandais, en utilisant des données de l’organisme fiable Global Carbon Project et de la Banque Mondiale (World Bank). Il en a publié un graphique le 04/02/2020, disponible en suivant ce lien : https://villeseppala.wordpress.com/.

Utiliser cette erreur de référencement pour rejeter des faits démontrés et même l’ensemble de la motion est donc totalement excessif. Il aurait suffi, via un amendement, de corriger la référence ou plus simplement d’ôter la partie entre parenthèse de ce considérant.

b.2.) Le Bourgmestre avance également, sans citer ses sources, que « les émissions belges et wallonnes [de CO2] sont en baisse ». S’il est vrai que l’on peut dire au vu des chiffres de 2018 (dernières données disponibles) qu’il y a globalement une diminution des émissions nationales d’environ 16% depuis 1990 (souvent prise comme année de référence), il s’agit d’une diminution insuffisante et bien trop lente pour pouvoir atteindre l’objectif européen de -55%, voire -65% (vu la réévaluation de l’ambition actuellement à l’étude).

Utiliser cet argument, nous semble donc à tout le moins problématique d’autant que la Belgique est classée au rang des mauvais élèves européens au travers de l’Indice de Performance Climatique (IPC) 2020, comme le montre le graphique ci-dessous, publié par le bureau indépendant Germanwatch, le NewClimate Institute et le Climate Action Network, grâce aux contributions d’environ 350 experts du climat et de l’énergie (lien vers rapport 2020).

c) Le Bourgmestre évoque le fait que cette motion serait contradictoire avec l’engagement pris par notre Commune lors de la signature de la Convention des Maires pour le Climat, alors que c’est tout le contraire. Elle est complémentaire comme l’indique elle-même la Commission Européenne, qui vient de commander une enquête sur l’avenir de la Convention des maires pour le climat et l’énergie en Europe, auprès des adhérents et non adhérents, en invitant à « continuer de considérer la politique de lutte contre le changement climatique comme une priorité politique absolue et reconnaître l’urgence climatique » en ces termes :

« Malgré la crise sanitaire que nous traversons actuellement, nous ne pouvons pas nous permettre de mettre l’action pour le cliat entre parenthèses. La transition est un défi qu’il faut relever d’urgence, mais aussi l’occasion de construire un avenir meilleur et plus vivable pour chacun de nous. Elle devrait offrir toute une série d’avantages, notamment l’amélioration de la qualité de vie et de la qualité de l’air. En Europe, le Parlement européen, plusieurs États membres de l’UE et de nombreux gouvernements locaux et régionaux ont déclaré l’état d’urgence climatique ou ont fait de l’action en faveur du climat une priorité dans toutes leurs décisions. Dans son récent avis sur la Convention des maires après 2020, le Comité européen des régions a qualifié la Convention des maires « d’outil important permettant de répondre à la situation d’urgence en matière de climat et de guider les collectivités locales et régionales dans la transition vers la neutralité climatique ». Ces initiatives reconnaissent non seulement l’ampleur et l’urgence de la crise climatique, mais elles réclament également une ambition plus forte et une action plus rapide. »

d) Le Bourgmestre évoque le dépôt tardif de cette motion, Ecolo arrivant comme des carabiniers d’Offenbach, alors qu’« un certain nombre de villes ou communes belges [en fait peu nombreuses pour l’heure] ont déjà voté une telle motion en 2019 [… principalement au second semestre à vrai dire].

Objectivement parlant, il n’y a donc pas de véritable retard. Par ailleurs, outre le fait que l’urgence climatique est toujours bien réelle, il nous parait excessif de faire porter le chapeau d’un retard éventuel à Ecolo. En effet, à Villers-la-Ville, les Conseils communaux sont rares (seulement 6 en 2019, et ne parlons pas de 2020…) et leur nombre est même largement inférieur à la légalité (minimum 10 par an). Ecolo a dû attendre de longs mois avant de pouvoir déposer son texte. Cet argument n’est donc pas pertinent, sauf à considérer une responsabilité directe de la majorité elle-même pour ce retard.

e) Le Bourgmestre affirme aussi que le Collège n’a pas attendu la motion d’Ecolo pour agir ; et que c’est également sur base de ses actes qu’il conviendra de les évaluer en matière de politique climatique et écologique.

Nous restons quant à nous interpelés par le fait, qu’en réalité, il y a très, très peu d’avancées concrètes dans ce dossier. La transversalité des politiques n’est toujours pas au rendez-vous, pas plus que la participation citoyenne, pilier pourtant fondamental de la Convention des Maires. 16 mois après avoir adhéré à cette convention, la commune n’a toujours pas établi de diagnostic quant aux Gaz à effet de serre émis sur son territoire, ni commencé à élaborer un plan d’action, puisque le comité de pilotage du plan énergie-climat, n’est toujours pas constitué. Si évaluation il y a, ce n’est pas avec un bon bulletin que la majorité s’en sortira.   

f) Le Bourgmestre critique encore la manière dont la commune serait dépeinte en termes de risques climatiques locaux. Pour lui, « on est dans une situation qui n’est pas simple et dangereuse ».

Pourtant, la motion déposée par Ecolo reste factuelle et fournit des données, en avançant des projections établies par des organismes reconnus et en extrapolant celles-ci à l’échelle du territoire local.  Les risques potentiels mis ainsi en évidence, constituent donc des mises en garde sobres et étayées qui méritent considération et études sur notre territoire, sauf à se dire qu’on n’a pas à prendre en considération les d’alarme des scientifiques reconnus.


[1] Établie sur base de l’enregistrement du Conseil communal effectué par Ecolo Villers-la-Ville et disponible à partir de sa page FB

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