Actus de l’action

Analyse de l’intervention citoyenne pour le climat et la biodiversité

Préalable indispensable : Cette analyse n’est pas réalisée pour chercher des noises à la majorité. Elle est là pour poser calmement les choses et chercher les voies les plus adéquates pour avancer.  Nous ne pouvons ignorer le défi climatique et de biodiversité même si cela nous met en face de bon nombre de difficultés.

Cette interpellation a été utile pour plusieurs choses

  1. Elle a permis de se faire une idée argumentée de là où en est la majorité.
  2. Le fait même de la déposer a incité la majorité à avancer sur divers points qui pourraient être utiles pour notre avenir commun, comme notamment la signature de la Convention des Maires pour le climat et la convention d’adhésion à Renowatt. Nous suivrons bien sûr ces dossiers de près car signature ne veut pas dire concrétisation. Ainsi, pour donner un exemple concret, il faut savoir que la Convention des Maires (1) pour le climat ne débouche sur un plan que deux ans après sa signature. Comme rien n’a été fait lors de la dernière mandature, c’est seulement maintenant que les études peuvent commencer. Mieux vaut tard que jamais.
  3. Même si nous n’avons pas reçu de réponses structurées à toutes les questions que nous avons posées, beaucoup d’informations ont été données par Marc Druez et Julie Charles et beaucoup de promesses ont été faites.

Nous reprenons ci-dessous question par question les réponses que nous avons reçues ainsi que nos observations. Si vous souhaitez vous référer au rapport établi par la commune pour vérifier notre analyse, vous le trouverez in extenso en annexe, sauf que nous nous sommes autorisés à corriger de manière lisible la dernière réplique car elle n’y est pas reprise correctement. Nous avons demandé à la Commune d’effectuer la correction dans le rapport officiel.

Analyse question par question

Pour mémoire, il s’agit des questions posées lors de l’interpellation

Q : Notre commune va-t-elle s’engager résolument dans des politiques transversales pour le climat et la biodiversité ?

Réponse de Julie Charles : « Le climat est bien une matière transversale que j’ai le plaisir de coordonner parmi mes compétences échevinales au sein d’un Collège soudé qui œuvre dans l’intérêt du citoyen.

Notre impact local sur le climat est une des lignes de conduite qui guide notre politique dans ses différents axes. Nous n’avons pas attendu votre interpellation pour mettre en place une politique transversale qui s’engage résolument. Notre action au niveau de la mobilité, de l’urbanisme, de l’environnement, de la gestion des déchets, des travaux, des finances, de l’énergie,…influence notre impact écologique local. »

Observations : Nous ne sommes pas bien certains que nous parlons de la même chose quand nous parlons de politique transversale. Nous pensons plutôt que nous n’en avons pas la même conception. Pour Julie Charles, mais on devrait le lui demander plus explicitement car ceci reste flou, il semble que le climat (elle ne cite pas la biodiversité) soit une politique à côté d’autres dont elle assure la responsabilité. Alors que pour nous, l’exigence climatique et de biodiversité doivent conditionner toutes les autres politiques, car sans climat stable ou biodiversité saine, il n’y a pas d’avenir. 

Notre questionnement parait corroboré par une partie du message politique que Monsieur Burton a donné en introduction : « (…),  nous pensons qu’il faut considérer le changement climatique comme une opportunité, grâce à l’innovation, l’investissement, les performances énergétiques, les formules alternatives en matière de mobilité pour rencontrer cette préoccupation de façon compatible avec le développement économique durable. Dans le développement durable, il y a durable mais aussi développement, ce qui implique de faire en sorte que l’on puisse améliorer le cadre de vie. C’est le débat qui doit être mené. 

Je mets aussi chacun face à ses responsabilités. Être sérieux, ce n’est pas simplement, comme cela a été beaucoup le cas depuis quelques mois, exprimer de la culpabilisation à mauvais escient ou des ambitions spectaculaires. C’est aussi expliquer comment on rencontre les objectifs climatiques tout en soutenant le pouvoir d’achat, les investissements, le travail et le développement économique. »

Ces extraits montrent que la majorité :

1. N’a pas la même vision de la hauteur de l’enjeu climatique ou de biodiversité que nous puisqu’elle le met sur le même pied que le développementalisme économique. Pour elle, le développement économique ne peut lui être soumis, il doit exister en parallèle.

2. Ainsi, par exemple, elle estime que le développement technologique amènera des solutions suffisantes. Problème : toutes les analyses des spécialistes convergent et montrent le contraire. Il suffit d’aller voir les recommandations du GIEC ou d’Inter-Environnement Wallonie, ou encore de jeter un regard dans le rétroviseur pour s’en rendre compte. La voie visant à « rencontrer les objectifs climatiques tout en soutenant le pouvoir d’achat, les investissements, le travail et le développement économique », mise en avant par la majorité, est celle qui est tentée depuis 30 ans, sans succès, malheureusement. Les faits sont têtus : les dérèglements environnementaux augmentent, tout comme l’appauvrissement d’une part plus importante de la population.

Même si nous avons envie d’être positifs, nous restons donc inquiets d’autant que jusqu’ici, on ne peut malheureusement pas dire que VLV ait eu une politique probante notamment en matière de mobilité ou d’urbanisme pour reprendre les exemples cités. Celle-ci continue à être plus que favorable à la voiture notamment et ce n’est certainement pas en changeant les moteurs à combustion par des moteurs électriques que la situation va changer. Au contraire et très malheureusement, les évaluations montrent que les moyens de transport électriques pèsent plus sur l’environnement que les moteurs à combustion.  Ils ont juste comme avantage partiel de déplacer une part de la pollution. 

Q : Dans ce cadre, un PLAN POUR LE CLIMAT et LA BIODIVERSITE va-t-il être établi ? Si oui, dans quel délai et avec quelle participation citoyenne ?

Réponse de Julie Charles : « Enfin et pour conclure notre ligne du temps, je vous propose de nous tourner vers le futur.

–              Demain, c’est un Plan Stratégique Transversal qui vous sera présenté. Comme vous le savez c’est un programme visant à planifier et prioriser les politiques communales en intégrant un processus d’évaluation.  Je crois que vous l’avez compris, le climat est une matière transversale qui sera bien reprise au cœur de ce PST. Un programme bien plus ambitieux qu’un « Plan Climat ».

–              Demain, c’est la mise en place d’un Nouveau Plan Communal de Mobilité c’est-à-dire une analyse globale au niveau communal des différents modes de transport et des modes doux avec des subsides à la clé.

–              Demain, c’est la rénovation de la salle polyvalente de Sart : normes énergétiques, isolation, chauffage, parking, panneaux photovoltaïques, prévision d’un K très faible, à faire avec un bureau d’architectes spécialisé.

–              Demain, ce sont des panneaux photovoltaïques sur le hall de voirie, le co-accueil pour la petite enfance, rue du Berceau.

–              Demain, c’est une étude pour le meilleur dispositif au complexe sportif : panneaux ou micro éoliennes,…

–              Pour l’éclairage public, ce sont des nouveaux luminaires  LED. »

Observations : Plus qu’un plan pour le climat et la biodiversité, on nous promet le top du top que serait le PST à savoir le Plan stratégique Transversal. On ne dit rien du délai mais le climat y sera, annonce-t-on, bien repris. On se réjouit de voir tout cela de près.

Notons que « le  PST permet donc de mener une réelle programmation stratégique qui s’appuie sur la définition d’objectifs stratégiques déclinés en objectifs opérationnels eux-mêmes concrétisés par des projets/actions. La stratégie s’accompagne d’une planification des objectifs et/ou des actions. Le PST est conçu comme une démarche évolutive, qui doit faire l’objet d’une évaluation en vue d’éventuelles adaptations ou révisions en fonction de différents facteurs tels que des contraintes extérieures, des opportunités, des nouveaux besoins, des circonstances imprévues. Une évaluation continue basée sur des indicateurs prédéfinis permettra de mesurer l’efficacité des actions au regard des objectifs et des moyens et, le cas échéant de rectifier le tir. » Ceci confirme finalement que la majorité part d’une page vide, comme nous l’avions malheureusement indiqué. Reste maintenant à remplir la page. Nous sommes totalement pour une évaluation de départ et des techniques de planification. Nous suivrons donc la manière dont cela sera concrétisé.

Par contre, par rapport à la participation citoyenne on peut vous l’annoncer ou vous le confirmer, c’est NIET. La majorité n’en veut pas. Elle estime que le mandat qu’elle a reçu aux élections lui suffit et que d’ailleurs, l’expérience de participation tentée à travers l’agenda 21 a été un échec. L’échevine de la participation n’a d’ailleurs pas pris part à l’intervention. Et on ne retrouve rien sur le climat et la biodiversité dans son plan de cohésion sociale qui vient d’être adopté. Pour nous c’est une nouvelle occasion manquée.

Ceci ne nous étonne qu’à moitié. En effet,  lors de la mise en place de la mandature, nous avions transmis au Bourgmestre et aux deux échevines les plus concernées le  Manifeste de l’Union des Villes et des communes pour des communes durables en espérant pouvoir en discuter de vive voix avec eux. Nous n’avons même pas reçu un merci.

Q : Ce PLAN contiendra-t-il bien un point de départ : à savoir une évaluation correcte de là où nous en sommes en matière de production CO2 et dans quel secteur ? Nous vous avons déjà indiqué que la Région wallonne a créé divers outils pour vous permettre de le faire. Allez-vous vous en emparer ? Dans quel délai ?

Réponse : pas de réponse claire à cette question, du moins durant l’interpellation.

Observation : Par contre l’adoption le jour même de la Convention des Maires pour le climat, laisse espérer une évaluation de départ dans les deux ans. Nous devrons voir comment tout cela s’articule ou non dans le PST dont on a parlé ci-dessus.

Q : Ce PLAN sera-t-il débattu avec la population ?  De quelle manière ? Une commission consultative pour le climat et la biodiversité sera-t-elle créée ?  Dans quel délai ? Avec quelle représentation citoyenne ?

Réponse : voir plus haut : pas de débat avec la population, pas de commission consultative non plus. La majorité n’en veut absolument pas.

Q : Vous avez désigné une échevine de la citoyenneté et une échevine du climat. Mais avec quelles fonctions et moyens au vu des enjeux ? Pouvez-vous nous apporter des précisions ? Nous n’avons rien trouvé dans le budget communal.

Réponse : Pas de réponse

Observation : Il semble que pour la majorité, l’échevine de la citoyenneté n’a rien à faire dans ce dossier. Nous avons reçu quelques réponses parcellaires quant au budget mais celles-ci sont déraisonnables et alimentent des confusions. Exemple :

Lorsque le mayeur dit pour justifier son action « Les faits et les chiffres parlent pour nous, n’en déplaise à certains : la première dépense d’investissement pour notre commune depuis douze années a été faite pour notre environnement : plus de 25 millions d’euros (un milliard de FB) ont été dépensés pour assainir nos eaux usées et assurer une qualité de nos eaux de surface.  Pour une commune de 10 000 habitants, je défie quiconque de trouver une commune qui en a fait autant en si peu de temps. » Nous voulons bien relever son défi et largement surtout en utilisant la même manière que celle qu’il utilise. Il oublie de dire :

1. Que la commune a obéi avec retard à une obligation européenne.

2. Que notre commune, à l’instar d’autres, a bénéficié de budgets extérieurs pour y arriver.

3. Que le retard à la mise en œuvre de cette obligation a nécessité de faire le forcing sur quelques années.

4. Qu’il reste d’ailleurs du boulot à accomplir même si le délai donné est dépassé.

5. Que les techniques mises en œuvre ne sont pas totalement adéquates car elles laissent pas mal de polluants passer.

6. Que la qualité des eaux de surface reste totalement préoccupante alors que notre commune compte diverses zones de captage importantes.

7. Que le stress hydrique, de plus en plus important et préoccupant ne fait l’objet d’aucune approche communale, …

Cette expérience délicate, devrait plutôt nous servir d’exemple pour ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Q : A propos de l’échevine du climat. Comment voyez-vous son rôle ? Dispose-t-elle de compétences transversales nouvelles par rapport à la dernière mandature où elle était échevine de l’environnement ? Par exemple, aura-t-elle la faculté de s’opposer à un investissement qui irait à l’encontre de l’exigence climatique ?

Réponse : Pas de réponse directe

Observation : Si on peut observer quelques compétences transversales pour l’échevine du climat, elle n’a aucune compétence supplémentaire par rapport à la dernière mandature. Elle n’a aucune possibilité pour s’opposer à un investissement qui irait à l’encontre de l’exigence climatique.

Ce à quoi nous devrions être attentifs.

Il y aurait encore d’autres choses à réfléchir et à dire au vu des informations reçues, mais on peut s’arrêter momentanément là. Le travail ne manque pas.

Nous retenons que :

  • Nous manquons toujours à l’heure actuelle de moyens pour chiffrer et prioriser le travail à accomplir, mais on nous annonce que cela va enfin venir. On y sera attentif ;
  • La commune est totalement réfractaire à la participation citoyenne, ce qui pour nous est une grave erreur. Non seulement par rapport à la démocratie et au lien social si important, mais aussi au vu des enjeux. On y arrivera ensemble ou on n’y arrivera pas. Nous continuerons donc à y travailler ;
  • La vision environnementaliste de la commune est pour nous une vision dépassée qui a montré ses limites. La majorité pense pouvoir démontrer le contraire. On n’y croit pas mais on veut bien suivre tout cela de près. La responsabilité est dans son camp.
  • L’avenir dépendra de la mobilisation citoyenne. Celle-ci est de plus en plus vivace à VLV avec de beaux projets, certes toujours dans le petit et le démocratique, mais en extension régulière. Nous encourageons chacun à les soutenir notamment à travers Villers en transition. Il y a là non seulement une expérimentation sur le terrain des alternatives nécessaires pour construire un nouveau rapport au réel, mais encore, une construction des outils de résilience dont nous aurons besoin pour faire face solidairement à l’avenir difficile qui nous attend.
  • Nous devons arriver à dépasser les clivages partisans particulièrement vivaces chez nous sans pour autant édulcorer la réalité et les débats à tenir. En ce qui nous concerne, c’est dans cette voie que nous travaillons.

(1) Depuis le mois de juin 2017, la Wallonie est coordinatrice régionale de la Convention des maires (CdM) lancée par l’Europe.  À travers ce rôle, elle a pris plusieurs engagements : * Promouvoir l’adhésion à la CdM auprès des communes wallonnes et fournir soutien et coordination aux communes signataires ;

* Promouvoir l’adhésion à la CdM auprès des communes wallonnes et fournir soutien et coordination aux communes signataires ;

* Promouvoir l’adhésion à la CdM auprès des communes wallonnes et fournir soutien et coordination aux communes signataires ;

* Fournir une assistance technique et stratégique aux communes désireuses de rejoindre la CdM mais auxquelles il manque les ressources nécessaires à la préparation d’un PAEDC, à savoir un Plan d’action local en énergie durable et du climat;

* Fournir aux communes un soutien financier et des opportunités pour l’élaboration et la mise en œuvre d’un PAEDC ;

Fin 2018, la Convention des Maires comptait 8.800 signataires (villes, communes et collectivités territoriales européennes), dont 156/262 villes et communes wallonnes.

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